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Ludovic Martin et Médoc Va’a : une aventure collective couronnée au Fort Boyard

Alors que Médoc Va’a vient de participer à la Hawaiki Nui Va’a, avec une 38ᵉ place à l’arrivée, l’heure est venue de revenir sur l’un des grands moments de la saison du club médocain : son véritable coup de maître au Fort Boyard Défi Va’a organisé par le club Rochefort Océan Va’a pour palier l’absence cette année du Fort Boyard Challenge. En remportant les quatre catégories – masculine, féminine, mixte et juniors –, Médoc Va’a a réalisé un quadruplé remarquable, illustrant toute la force d’un collectif soudé et ambitieux. À la tête du club depuis sa création en 2014, Ludovic Martin incarne cette aventure humaine et sportive, née d’une passion pour la pirogue polynésienne et construite, au fil des années, autour du travail, du partage et de la cohésion. Ancien compétiteur de ski, il a trouvé dans le va’a bien plus qu’un sport de glisse : une discipline où la réussite individuelle s’efface devant la force du groupe. Dans cet entretien, le président fondateur revient sur ce week-end exceptionnel, les ressorts de ce quadruplé historique et le parcours d’un club qui, après avoir brillé sur les eaux du Fort Boyard, poursuit son aventure jusqu’en Polynésie.

Bonjour Ludovic, peux-tu te présenter : quel est ton parcours sportif, ton histoire avec le va’a et quel est aujourd’hui ton rôle au sein de Médoc Va’a ?

Je m’appelle Ludovic, j’ai 50 ans et je suis passionné de va’a depuis une bonne quinzaine d’années. C’est lors d’une parenthèse polynésienne, entre 2010 et 2013, que j’ai découvert ce sport et que j’ai immédiatement accroché, autant à la glisse qu’à l’esprit d’équipe et à toute la culture qui l’entoure.

Je venais pourtant d’un univers assez différent : le ski de compétition, un sport de glisse plutôt individuel, loin des océans. Ce qui m’a séduit dans le va’a, c’est justement cette combinaison entre la rame, la glisse et le plaisir d’avancer ensemble.

À mon retour dans le Médoc, en 2013, mon objectif était clair : poursuivre la pratique, d’abord en monoplace, puis trouver rapidement des rameuses et des rameurs dans la région pour pouvoir naviguer en V6.

Avant de parler de cette incroyable performance, peux-tu nous raconter l’histoire de Médoc Va’a : comment le club est-il né, comment s’est-il développé et quelle place occupe-t-il aujourd’hui dans le paysage du va’a français ?

Au fil des coups de rame et des rencontres entre passionnés, notamment avec Hilaire, Jean-Claude et Isabelle, l’idée de créer un club a pris forme. C’est ainsi qu’est né Médoc Va’a 33 en 2014, avec l’acquisition de notre premier V6. Le début d’une belle aventure, dans laquelle j’occupe depuis le départ le rôle de président du club.

Au fil des années, nous avons eu la chance de rencontrer des personnes exceptionnelles dans le milieu du va’a, comme Iloha Eychenne, Raiarii Li Cheng et bien d’autres. Elles nous ont transmis leur expérience et leur savoir-faire, qui ont
ensuite bénéficié à l’ensemble de nos adhérents.

Grâce à ces rencontres et à l’engagement de nos rameuses et rameurs, nous avons progressivement pris part aux grandes courses de l’Hexagone, mais aussi à des épreuves mythiques en Polynésie, comme la Te Aito, la Vodafone et l’Hawaiki Nui.

Nous avons également participé à de nombreux championnats de France, championnats du monde notamment avec notre équipe féminine, portée par Iloha. J’aime bien raconter une petite anecdote à propos de nos débuts. Le club est basé à Carcans, plus précisément à Maubuisson, sur le lac de Carcans-Hourtin. Lors de nos premières participations aux courses océaniques, les autres clubs nous surnommaient souvent « les rameurs du lac » ! Il faut dire qu’à l’époque, le surf en V6 n’était pas vraiment notre point fort. Mais, au fil des années, nous avons progressé et acquis cette compétence. Aujourd’hui, on se régale dans les vagues !

Être président d’un club, ce n’est pas toujours simple. Il faut porter plusieurs casquettes : assurer l’organisation générale, fixer des objectifs et les atteindre, développer et promouvoir l’activité, aussi bien en loisir qu’en compétition, gérer l’événementiel local, entretenir les relations humaines et veiller à la sécurité de tous les adhérents.

Mais heureusement, il y a des événements comme le Fort Boyard Défi Va’a qui donnent tout son sens à cet engagement. Quoi de plus beau, pour un président de club, que de terminer la saison avec un tel palmarès pour l’ensemble de ses équipes ? C’est une immense satisfaction collective. Encore bravo à toutes et à tous !

Cette année, le Fort Boyard Challenge n’a pas pu être organisé et le Fort Boyard Défi Va’a est venu prendre le relais sur la partie pirogue. Dans quel état d’esprit avez-vous abordé cette nouvelle formule et comment avez-vous vécu cet événement de l’intérieur ?

Le Fort Boyard Challenge, c’est un événement qui nous tient particulièrement à cœur. C’est même la première course à laquelle Médoc Va’a a participé, en octobre 2014. Depuis, elle suscite chaque année un engouement particulier au sein du club. Cette année encore, nous étions présents avec cinq équipages !

Un grand merci à Pierre-Yves Chevalier, à l’origine de cette course, ainsi qu’à Sébastien Ogier, qui a repris le flambeau depuis quelques années et assume cette responsabilité avec engagement.

Nous abordons toujours cette compétition avec beaucoup de motivation et l’envie d’en découdre sur ce plan d’eau, devenu un rendez-vous incontournable pour nous.

Cette année, nous avons également revu notre organisation autour de la préparation à la compétition, avec le retour de Raiarii. Il a su insuffler une belle dynamique et créer une véritable émulation collective entre nos rameuses et nos rameurs. Tout le  monde s’entraîne ensemble en V6, avec un coach commun, ce qui renforce la cohésion du groupe.

Pour cette édition, notre objectif était avant tout de retrouver de bonnes sensations, de trouver les bons rythmes et, surtout, de prendre du plaisir. La cohésion était bien présente et les résultats de la première journée du samedi l’ont confirmé : nos équipages hommes et mixtes terminaient tous les deux en deuxième position.

Pour le dimanche, nous n’avions pas de consignes particulières, si ce n’est de conserver le même état d’esprit, tout en nous engageant davantage dans l’effort puisque la distance était plus courte. Nous voulions rester fidèles à notre approche : de l’envie, de la cohésion et du plaisir sur l’eau.

Médoc Va’a réalise un véritable carton en remportant les quatre catégories — masculins, féminines, mixte et junior. Quand avez-vous commencé à vous dire que vous pouviez réellement tout rafler, et qu’est-ce qui explique selon toi
cette réussite collective ?

Avant le départ, il est toujours difficile d’évaluer précisément le potentiel et l’état de forme des autres équipages. C’est vraiment après la première course du samedi que nous avons pu mesurer les écarts. En voyant que nos équipages hommes et mixtes ne comptaient que quelques secondes de retard sur les premiers, le défi Va’a était lancé : il fallait se dépasser le lendemain pour inverser la tendance et creuser l’écart. Le samedi soir, nous avons redoublé de vigilance dans la reconnaissance du parcours afin de bien repérer et visualiser les bouées. Chaque détail pouvait compter.

Le dimanche, après le haka de Franky, toutes nos équipes se sont retrouvées pour notre traditionnel cri de guerre. Cette fois-ci, nous avons ressenti une énergie collective particulièrement forte. Elle nous a véritablement galvanisé juste avant le départ.

Personnellement, j’ai ramé sur la deuxième étape. Nous avons pris un départ de folie et réussi à tenir la tête de course presque jusqu’au bout. La veille, notre équipage avait livré un gros combat face à nos amis basques de Belhara, qui avaient fini par nous devancer de 14 secondes à l’arrivée sur la plage de Fouras.

L’objectif du dimanche était donc clair : combler cet écart tout en gardant nos autres concurrents à distance, notamment Cognac et Rima Here, ainsi qu’Angers. Nous avons réussi à contrer plusieurs attaques de Cognac, mais à 500 mètres de la plage, Rima Here est venu nous défier à son tour. Nous avons alors dû nous incliner face à leur Huti. Nous terminons donc deuxième le dimanche, mais, au cumul des deux étapes, nous remportons finalement la victoire !

C’est une joie immense, d’autant plus que cette performance récompense le travail de tout un équipage. Un grand merci à mes coéquipiers avec lesquels je pars très prochainement pour l’Hawaiki Nui. Ce Fort Boyard Défi Va’a constitue un superbe test avant ce grand rendez-vous en Polynésie !

Qu’est-ce que ces quatre victoires racontent du travail réalisé par le club et de la complémentarité entre vos différentes équipes ? Y a-t-il une préparation ou une philosophie commune derrière ces performances ?

Au sein du club, nous avons la chance de réunir des jeunes, des femmes et des hommes autour d’une même passion. Nous aimerions toutefois réussir à développer davantage le va’a chez les jeunes et attirer plus de participantes, car nous avons encore une belle marge de progression sur ces deux aspects.

Cette année, notre volonté était de présenter des équipages dans toutes les catégories. Sur l’eau, chacune de nos équipes a pu se mesurer à d’autres équipages, qu’ils soient masculins ou mixtes, et défendre fièrement les couleurs du club.

Notre force repose avant tout sur des rameuses et des rameurs qui ont l’habitude de travailler ensemble. Nous nous retrouvons au moins une fois par semaine pour les entraînements en V6, notamment en configuration mixte. Nous ne constituons pas d’équipages figés pour toute la saison : chacun rame avec les autres, ce qui permet à tout le monde de progresser et de développer une vraie cohésion collective, avec un coach commun.

À l’approche d’une compétition, nous affinons ensuite la préparation en regroupant les rameurs sur les postes clés — 1, 2, 3 et 6 — en fonction des équipages que nous souhaitons aligner.

Je ne prétends pas que cette méthode soit la seule, ni même la meilleure dans l’absolu. Mais, cette année, elle a particulièrement bien fonctionné chez nous. Ces quatre victoires sont une belle récompense pour le travail accompli ensemble.

 51 pirogues étaient au départ de la 19ᵉ édition du Fort Boyard Challenge l’an dernier, encore 33 cette année pour le Fort Boyard Défi Va’a. Qu’est-ce qui fait, selon toi, l’attractivité de Fouras et du site du Fort Boyard auprès des piroguiers ?

À mon sens, l’attractivité de cet événement repose sur plusieurs éléments. Tout d’abord, le site est exceptionnel. Contourner le Fort Boyard reste un moment marquant : on passe au pied d’un monument historique emblématique, connu de tous et rendu célèbre par la télévision. C’est un cadre qui donne une dimension particulière à la course.

Ensuite, il y a les conditions de navigation. Parfois, le plan d’eau offre de superbes conditions de surf, mais il peut aussi se montrer beaucoup plus exigeant lorsque le temps se dégrade, avec des courants, du vent de face et de la houle. C’est un plan d’eau capricieux, qui peut mettre les équipages à rude épreuve… mais c’est aussi ce qui fait son charme !

La logistique est également un véritable atout. Il est facile de venir avec les remorques grâce aux grands espaces de stationnement, les campings sont accessibles autour de Fouras et les restaurants de Rochefort permettent d’accueillir de grands groupes, même une trentaine de personnes. Tout l’environnement se prête donc bien à la venue des clubs.

Le coût des inscriptions joue aussi un rôle important. C’est un facteur essentiel pour permettre aux clubs de participer et de mobiliser plusieurs équipages.

Enfin, et surtout, cette course est solidement ancrée dans le calendrier du va’a français. Elle fait partie des rendez-vous que les clubs attendent et auxquels ils aiment revenir. Et l’année prochaine sera particulière, puisque nous fêterons les 20
ans de l’événement !

Pour en savoir plus sur Médoc Va’a:
www.medocvaa33.fr
Pour suivre le club organisateur du Fort Boyard Défi Va’a
Facebook > Rochefort Océan Va’a

 

A propos de l’auteur

Mathieu Astier

Commentateur et speaker trilingue d'événements sportifs, Mathieu est le fondateur de TotalSUP, TotalWING et désormais TotalPaddler. Pratiquant de V6, OC1 et V1 au sein du club landais Mana'o Va'a Landes, il consacre sa vie professionnelle à la glisse et à la pagaie depuis 2013. Fort de plus de 20 ans d’expérience en marketing et communication digitale à l’international, Mathieu a créé TotalPaddler afin de centraliser l’information, promouvoir les disciplines liées à l’océan et unir la communauté mondiale.

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