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À la découverte de Va’a Max et HOA, l’Artisanat Made In Moorea

7th May 2025

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Installé depuis plus de 30 ans à Moorea, Emmanuel Moinier — alias Manu — est devenu une figure incontournable du monde du va’a en Polynésie Française. Charpentier naval passionné, il est à l’origine de la marque Va’a Max, dont les pirogues de course sont aujourd’hui présentes sur de nombreuses lignes de départ à travers le monde. Dans cet entretien exclusif, Manu revient sur son parcours de vie et de création, depuis ses premières coques en bois jusqu’au lancement de HOA, une gamme de pagaies conçues localement, accessibles, robustes et performantes. Avec un œil toujours tourné vers la qualité, la transmission et l’innovation, il partage sa vision d’un artisanat engagé, au service des rameurs de tous niveaux. Rencontre avec un bâtisseur passionné, qui rame avec le cœur — et fabrique pour ceux qui en font autant.

Bonjour Emmanuel, ou plutôt Manu, merci de nous recevoir ici à Moorea dans ce cadre incroyable. Pour commencer, peux-tu nous dire comment tu es arrivé ici, sur cette île mythique ?

Salut ! Oui bien sûr. Je suis arrivé à Moorea il y a une trentaine d’années, principalement pour le surf et la pêche. À l’époque, le va’a était déjà le sport national, mais on ne parlait pas encore de performance ou de matériaux high-tech. C’était encore assez artisanal et peu démocratisé.

Et pourtant, tu es aujourd’hui à la tête de Va’a Max, une référence dans la fabrication de pirogues de course. D’où te vient cette passion pour la construction navale ?

J’ai grandi dedans, littéralement. Mon père fabriquait déjà des bateaux, mon frère est marin-pêcheur… On a toujours vécu au bord de l’eau, à Royan. Donc quand je suis arrivé à Moorea, j’ai naturellement commencé à fabriquer mes premiers bateaux. À 20 ans, je construisais mes premières coques en bois. Puis on a monté un petit chantier naval, avec notamment des catamarans de 25 pieds.

Comment s’est faite la transition vers les pirogues en carbone ?

Petit à petit. On a reçu nos premières demandes pour du va’a en carbone à une époque où très peu de gens en fabriquaient. Comme on maîtrisait déjà l’infusion — un procédé avancé d’injection de résine sous vide —, ça a été une évolution naturelle pour nous. On a commencé à importer des matériaux plus performants et à développer nos propres modèles.

Tu te souviens du tout premier modèle signé Va’a Max ?

Oui ! La toute première pirogue “Va’a Max” est sortie il y a environ 15 ans. C’était un prototype en mousse, assez rudimentaire mais prometteur. À l’époque, l’atelier s’appelait encore “Manu Va’a”. Ensuite, on a lancé la marque “Va’a Max” pour se développer à l’international, notamment en France.

Aujourd’hui, combien de modèles avez-vous développés ?

On en est à peu près au 5e modèle majeur. Le dernier en date, c’est l’Ultimax 5.0, notre modèle phare de V1. On le fabrique quasiment en exclusivité maintenant. Chaque version est améliorée petit à petit, avec un gros travail de prototypage. Le dernier nous a pris plusieurs mois, de mars à août, rien que pour le prototype.

Parle-nous un peu plus de la gamme actuelle. Que propose Va’a Max ?

On est concentrés uniquement sur le V1. Nos coques sont soit en carbone, soit en fibre de lin ou fibre de verre, toujours en infusion sous vide époxy. Même notre modèle d’entrée de gamme est conçu déjà pour la course. On mise sur le haut de gamme, la performance et la durabilité, tout en gardant un savoir-faire artisanal.

On voit vos pirogues sur pas mal de podiums en ce moment. Tu peux nous parler de vos rameurs ?

Oui, on a quelques très bons rameurs qui nous font confiance. Par exemple, Raivavae Mah alias “Kardiol”, un militaire français revenu à la rame récemment, a terminé 6e au Super Aito 2024. C’est une sacrée perf. Mais on n’a jamais vraiment couru après les ambassadeurs. Ce sont souvent eux qui viennent vers nous. On préfère bosser dans notre coin et laisser les choses se faire naturellement.

Et au niveau international ? Où peut-on trouver Va’a Max ?

On est bien implantés en France, notamment grâce à KEA Va’a Max, notre relais basé à Biscarrosse, dans le Sud-Ouest. On prépare aussi des envois vers la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Le Brésil a reçu quelques pagaies récemment. On se concentre sur le Pacifique pour l’instant, mais l’idée est d’élargir petit à petit.

Revenons un peu sur la fabrication. Tu parlais d’infusion, peux-tu expliquer en quoi ça consiste ?

Avec plaisir. L’infusion consiste à poser tous les tissus à sec (carbone, renforts, etc.) dans un moule. Ensuite, on applique une bâche à vide, avec un joint d’étanchéité, on aspire l’air pour compresser l’ensemble, puis on injecte la résine. Elle est littéralement aspirée dans les fibres, ce qui donne une structure plus homogène, plus légère et plus résistante. C’est plus propre, plus sain, et ça permet de travailler dans de bonnes conditions. C’est essentiel pour nous ici.

C’est aussi une manière de préserver la santé de ton équipe, j’imagine ?

Exactement. Ce sont des matériaux puissants, donc il faut être vigilant. On essaie de tout optimiser pour travailler efficacement, rapidement, mais sans négliger la santé ou le confort de travail. Même si l’atelier est modeste, on est dans une logique d’artisanat de qualité.

Parlons maintenant de tes pagaies, les fameuses HOA. Comment est née cette aventure ?

HOA, c’est une idée qui a germé quand je voyais mes élèves galérer avec du matériel peu adapté ou trop fragile. Je me suis dit : “Pourquoi ne pas proposer une pagaie solide, accessible, et performante à la fois ?” Au début, c’était presque artisanal, et puis de fil en aiguille, c’est devenu un vrai projet.

Quel est l’ADN des pagaies HOA ? Qu’est-ce qui les rend différentes ?

Déjà le nom, HOA, c’est un clin d’œil à la Polynésie, ça veut dire “ami” ou “partenaire” en reo tahiti. C’est exactement ce que doit être une bonne pagaie : un allié de confiance. Ensuite, ce qui fait la différence, c’est le rapport qualité-prix. Je voulais une pagaie qui tienne la route en entraînement, en course, en balade, et qui ne coûte pas un bras. Et puis on travaille beaucoup sur l’équilibre, le confort de rame et la solidité.

Est-ce que ce sont des pagaies uniquement pour le va’a ?

Non justement ! On a commencé par le va’a, bien sûr, mais aujourd’hui on équipe aussi des rameurs en SUP et en pirogue OC1/V1, y compris à haut niveau. Certains athlètes ont même gagné des courses avec des pagaies HOA. On a plusieurs modèles, du full carbone ultra léger pour la compet’ à des modèles plus robustes pour l’école ou l’initiation.

Elles sont fabriquées où ?

Tout est conçu ici à Moorea, en lien avec un atelier partenaire qui bosse dans les composites depuis des années. On est sur des petites séries, avec un vrai contrôle qualité. Et comme je suis sur l’eau tous les jours, je teste tout moi-même avant de valider un modèle.

Quels sont les projets pour HOA dans les mois à venir ?

Continuer à développer la gamme, proposer des nouveautés, et surtout garder cet esprit familial et passionné. On ne cherche pas à concurrencer les géants du marché, mais à offrir une alternative locale, fiable et humaine. Et puis on est en train de bosser sur une pagaie personnalisable, ça c’est un projet qui me tient à cœur.

TotalPaddler : Merci Manu ! Et longue vie à HOA !
Emmanuel Moinier : Merci à vous ! Et n’oubliez pas : ramez avec le cœur, et avec une bonne pagaie 😉

Pour plus d’informations et pour suivre l’actualité de Va’a Max et Hoa Paddles, c’est par ici!
www.vaa-max.com
www.facebook.com/vaamax
www.instagram.com/vaa_max/

A propos de l’auteur

Mathieu Astier

Commentateur et speaker trilingue d'événements sportifs, Mathieu est le fondateur de TotalSUP, TotalWING et désormais TotalPaddler. Pratiquant de V6, OC1 et V1 au sein du club landais Mana'o Va'a Landes, il consacre sa vie professionnelle à la glisse et à la pagaie depuis 2013. Fort de plus de 20 ans d’expérience en marketing et communication digitale à l’international, Mathieu a créé TotalPaddler afin de centraliser l’information, promouvoir les disciplines liées à l’océan et unir la communauté mondiale.

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